C'est la peur des peuples qui rend possible l'existence de dictateurs comme Denis Sassou Nguesso. Peur suscitée, provoquée, entretenue car si la peur du peuple diminue, le pouvoir du dictateur aussi diminue. La question essentielle pour faire tomber des tyrans comme Sassou devient : comment réduire la peur du peuple congolais par exemple à zéro ? En entretenant une armée totalement nordiste, c'est un message de mort qu'il envoie au sud : "Attention, si vous bougez, vous n'êtes pas des nôtres ; nous n'hésiterons pas à vous massacrer.." Cependant, il faut aussi que le pouvoir s'éloigne du peuple pour ne plus en dépendre. Il s'entoure aussi de mystère pour que les populations se disent qu'il s'agit d'une chose très compliquée que seul un énergumène comme Sassou peut manipuler - alors qu'en réalité, le pouvoir est une chose toute simple.
A la peur s'ajoute aussi des mécanismes d'intimidation et de fascination par le déroulement des richesses des membres du pouvoir et le tout est couronné par un processus qui affame et assoiffe le peuple. Comme si cela ne suffisait pas, le peuple est humilié, piétiné, écrasé pour qu'il ne puisse pas avoir la force de revendiquer ne serait-ce que l'eau ou les soins ou l'éducation qu'on torpille pour qu'un peuple ignorant soit encore plus facile à asservir.
Après tout, l'idée qui veut que le pouvoir vienne du peuple est récente et assez jeune. Il fut un temps où les souverains prétendaient recevoir leur pouvoir de Dieu lui-même et si on recule jusqu'à l'époque des pharaons, on constate que c'est le souverain qui se hissait au niveau divin en se proclamant "fils d'Horus". Sassou estime que son pouvoir est un pouvoir royal car il dit : "Je ne veux pas de ces gens dans mon assemblée ou je ne veux pas d'untel dans mon sénat..." A partir de l'instant où un individu ne tient pas son pouvoir du peuple, lui importe seul le bien-être de la classe qui l'a installé au pouvoir. Sassou ne se soucie que de la France et de l'armée. Il tient le peuple dans une peur absolue et ne recherche qu'à consolider son pouvoir en gâtant les généraux, en laissant la France prendre le pétrole, etc.
Nous n'allons pas exposer ici les mécanismes que nous élaborons au niveau de l'UPIERAD pour réduire progressivement la peur du peuple jusqu'à zéro car à ce moment-là, elle change de camp ; le peuple s'empare du pouvoir et de l'autre côté, la dictature plonge dans la peur et la fuite reste la seule solution. C'est ce qui s'est passé en Tunisie où Ben Ali a dû s'exiler en Arabie Saoudite car le peuple avait vaincu sa peur mais le principe de l'aliénation du pouvoir fait en sorte que le peuple ne peut lui-même exercer le pouvoir et souvent, il retombe plus bas car il croit avoir changé les choses - alors que seul le pouvoir change de main - souvent sans changer de nature. En effet, pour changer de nature, le peuple doit d'abord avoir une parfaite lecture de la hiérarchie du pouvoir pour casser tous les liens qui le tiennent captif afin de rendre possible une nouvelle modalité de pouvoir, plus libre et moins assujettie aux puissances du monde...