Journal d'actualités sur le Congo-Brazzaville administré par le LION DE MAKANDA (LDM) pour les démocrates patriotes du Congo-Brazzaville œuvrant pour le retour de la démocratie perdue en 1997. Nous nous battons par amour avec les mots comme armes et le Web comme fusil.
Samedi dernier, de nombreux Congolais habitant Lyon en France ont choisi de bouder l'invitation de madame Edith Itoua, responsable du Département des Congolais de l'Etranger près la présidence de la république - même si la salle de l'hôtel Mercure était pleine, certains compatriotes ayant parcouru de longues distances pour la rencontrer. Voici ce qu'a pu se dire la fine crème de la résistance congolaise à Lyon : "Qu'a-t-elle à nous dire ? Elle représente le pouvoir ; nous n'avons rien à attendre d'elle..." C'est leur bon droit mais lorsqu'on est opposant ou un critique, on devrait essayer de venir entendre au moins ce que dit le représentant du pouvoir pour lui donner la réplique de façon civilisée. Quoi que l'on fasse, on ne fera pas l'économie d'une rencontre avec ce système qu'il faudra confronter d'une manière ou d'une autre. Un de ces quatre matins, nous ne pourrons éviter la confrontation des visions politiques afin d'aboutir demain à un Congo pacifié et plus harmonieux. On n'évite pas un adversaire chez les dialecticiens ; on l'écoute et on éprouve ses arguments par la force de la logique contradictoire. Ils ne sont pas venus et nous n'avons pas l'intention de faire un rapport de ce qui s'est dit ce samedi dernier à l'hôtel Mercure dans le troisième arrondissement de Lyon. Les équipes de la responsable du Département des Congolais de l'Etranger sont là pour ça.
Madame Edith Itoua a pris ses fonctions en mars 2013 et a donc l'excuse de la jeunesse puisqu'elle n'a même pas encore terminé la cartographie de la diaspora. Qu'à cela ne tienne, nous écrivons cet article parce qu'elle a dit quelque chose d'assez étrange, une phrase sur laquelle, on mérite de s'appesantir. Madame Edith Itoua a dit, s'agissant des Congolais de la Diaspora congolaise la phrase suivante : "Le président m'a dit : "il faut qu'ils (entendez, les Congolais de l'étranger) m'épatent !""
Epater si l'on s'en tient à une définition courante, c'est étonner, époustoufler, sidérer, stupéfier. Cependant, ce n'est pas à nous, les Congolais de la Diaspora de stupéfier ou d'épater, c'est à monsieur Denis Sassou Nguesso d'épater le peuple congolais dans son ensemble - et il a tous les moyens pour y parvenir s'il le voulait car n'épate pas qui veut. Il a pour nous épater toutes les richesses de la république ; or, nous n'avons même pas d'eau potable, ni d'électricité, nos écoles sont mal famées sans tables-bancs, nos hôpitaux sont des mouroirs où l'on en sort plus malade que lorsqu'on y était entré. Le Congo est parmi les derniers dans tous les classements au niveau international et il nous demande de l'épater - alors que lui qui a des moyens extraordinaires à sa disposition ne nous épate pas ?
Pour épater, il faut entrer dans l'extraordinaire ; or l'extraordinaire - même de façon éphémère - est un dépassement de l'ordinaire et je pense que les Congolais de l'intérieur devraient déjà l'épater car on doit se demander : comment parviennent-ils à survivre avec si peu ? Sans soins, sans eau, sans électricité, sans éducation adéquate, sans travail, sans véritable avenir ? Nous ne nous inscrivons pas dans l'extraordinaire mais dans l'ordinaire car c'est de ce terreau que se développe l'exceptionnel. Il y a des ingénieurs congolais sur place au pays qui épatent les occidentaux et qui reçoivent même des prix. Que fait Sassou pour les encourager ? Rien !
Nous, Congolais de la Diaspora, ne sommes pas des super-Congolais comme nous l'a fait remarquer madame Itoua parce que nous vivons à l'étranger ; déjà que nous n'avons même pas le droit de vote comme tout Congolais ordinaire de l'intérieur, un droit que Sassou confère même à des étrangers.
Nous réclamons un environnement social digne de ce nom pour tous les Congolais. Alors, quand on s'arroge tous les pouvoirs comme lui et qu'on est assis sur des barils de pétrole qui jaillissent même on shore lorsqu'on recherche de la potasse, il ne faut pas demander à ceux qui mènent des vies ordinaires de l'épater - parce que la vie du moindre Congolais qui survit au Congo dans la misère - alors que son pays est si riche devrait suffire à l'épater. L'extraordinaire ne dure pas toujours mais là, cet ascétisme populaire, cette souffrance surmontée au quotidien par plus de 90% de la population congolaise relève de l'exploit, de l'héroïsme.
Cela ne nous étonne pas qu'il demande cela aux Congolais de l'étranger car monsieur Denis Sassou Nguesso reste dans la logique de la fuite de ses responsabilités : il demande aux autres ce qu'on attend normalement de lui. En voulant qu'on l'épate, il a tout dit, lui qui demande à la diaspora de rentrer et de ne pas avoir des exigences de super-Congolais mais qui exige par contre l'extraordinaire dans un environnement qui n'a rien de l'ordinaire le plus banal dans lequel ils vivent en Europe. C'est comme s'il disait : "Vous pouvez toujours revenir mais si vous ne m'épatez pas, c'est comme si vous n'avez aucun mérite, aucune compétence." Il peut aller se gratter en attendant qu'on l'épate...