Déclaration de la Coordination Congo Ya Sika sur les manoeuvres de création à Brazzaville de l'Inititiative Nationale pour l'Apaisement du Climat Politique en République du Congo (INA)
La Coordination Congo Ya Sika, regroupement d'associations et d'individualités régulièrement installées en Europe, est informée des contacts et autres arrangements nébuleux entre les hommes du pouvoir de Brazzaville et leurs alliés au sujet de la création de l'Initiative Nationale pour l'Apaisement du climat politique en République du Congo (INA), afin d'étouffer la perspective de la convocation et la tenue des Etats généraux de la nation.
Cette démarche du régime de Brazzaville est lourde de conséquences d'autant qu'elle intervient à un moment où les Congolais ont plus que jamais besoin d'alternance politique dans leur pays. Elle appelle, de la part de la Coordination Congo Ya Sika, la déclaration ci-après.
En effet, se refusant jusqu'ici par pure volonté affichée de conserver le pouvoir, à reg arder en face la réalité de la demande pressante par les forces vives de la nation de la convocation des Etats généraux de la nation, le régime de Brazzaville, soutenu par des traîtres à la patrie et des rentiers politiques, s'ingénie à détourner les exigences des Congolais et de la communauté internationale au sujet de la démocratie en proposant au peuple congolais des scénarios de sortie de crise en trompe-l'oeil du genre Initiative Nationale pour l'Apaisement.
Au travers de l'INA qui n'est rien d'autre qu'une arnaque politique, le pouvoir de Brazzaville voudrait non seulement brouiller la lisibilité de la constitution du 20 janvier 2002 qui mentionne que le mandat de Mr Sassou Nguesso s'achève en août 2016, mais encore empêcher que s'ouvre au delà de cette échéance la compétition électorale présidentielle sans Mr Sassou Nguesso, légalement mis hors jeu par sa propre constitution.
L'argumentaire tristement propagandiste de l'Initiative Nationale pour l'Apaisement insiste ''qu'il est fondamental pour que se poursuive le développement tant social, économique que politique du Congo de préserver les acquis sociaux déjà obtenus à travers de multiples réalisations faites sur toute l'étendue du territoire national''. Un argumentaire qui relève par ailleurs '' qu'avec l'échéance présidentielle de 2016, les congolais ont peur d'hypothéquer l'avenir de leur pays qui s'annonce radieux''.
Ainsi dit, l'Initiative Nationale pour l'Apaisement rejoint la préoccupation de la conservation autoritaire et sans limite du pouvoir de Mr Sassou Nguesso et son clan après un long et improductif règne d'une trentaine d'années, quand bien même la constitution en la matière le lui interdit.
La pratique gouvernementale de Mr Sassou Nguesso a fait rompre le lien organique et politique entre son pouvoir et la société congolaise. Lorsque dans l'armée, la gendarmerie et la police d'un pays, il ne se trouve à la tête de la plupart de tous leurs organes de commandement que des officiers de la région d'origine du président de la république, on ne peut dire que les autorités travaillent à l'apaisement. Quand la quasi totalité des directions générales des administrations publiques d'un pays est tenue par des hommes de la région du chef de l'Etat, on ne peut également laisser les dirigeants parler d'apaisement.
Où est l'apaisement lorsque les populations congolaises, conscientes de leurs droits légitimes bafoués, ne cessent de boycotter, à chaque occasion, la mascarade permanente et avilissante des consultations électorales truquées, antidémocratiques et totalitaires dont le seul bénéficiaire est toujours le Parti Congolais du Travail, le parti du pouvoir clanique et conservateur. L'échec cuisant du recensement administratif spécial en cours est la preuve manifeste du refus de ces populations de valider une autre farce électorale qui profile à l'horizon.
Un régime qui cultive l'apaisement fait un travail de pédagogie. Il explique, informe, fait parler son chef pour rassurer et apaiser. Or, de tous les graves événements qu'a connus le Congo ces dernières années, les Congolais n'en savent rien depuis l'assassinat de Marien Ngouabi en passant par le lieu de la sépulture de Massamba Débat, les disparus du beach, l'affaire des biens mal acquis, les explosions du 4 mars 2012, l'affaire Maître Mbemba, les multiples incendies dans les villes, l'incursion des troupes angolaises dans les terres de Kimongo et le récent spectacle honteux du representant du Congo au Maroc sur les "réseaux sociaux."
Comment peut-on donner une forme définitive à l'apaisement du climat politique dans un pays qui, ayant bénéficié il y a si peu de temps de la faveur de la communauté internationale qui lui a octroyé le statut de pays pauvre très endetté pour l'aider à se décharger d'un certain nombre de contraintes, soit devenu aujourd'hui le mécène financier d'Afrique alors que ses propres populations, maltraitées, vivent en situation de vulnérabilité sociale et sanitaire chroniques, sans perspectives d'emplois, de resocialisation, poussées à la malnutrition, coincées dans un environnement pollué, avec des infrastructures sanitaires et éducatives traînant à se moderniser.
Telle qu'arrangée par ses sombres inspirateurs, l'Initiative Nationale pour l'Apaissement est un complot contre la république et l'Etat de droit. C'est une forfaiture, une anormalité du point de vue de la démocratie et de la laïcité.
Quoi qu'en dise la propagande des médias publics et privés au service du clan Sassou Nguesso, le peuple congolais souffre des retards qu'accuse le developpement de son pays pourtant présenté comme immensément riche au regard de ses ressources naturelles. Ce peuple est hostile à ces cirques du genre INA déshumanisant qui voudrait qu'il soit toujours le spectateur, inhibé et infantilisé d'une mise en scène mortifère, insensée avec pour but d'accompagner le cycle politique et historique de Mr Sassou Nguesso en voilant ses impunités, ses carences et ses forfaits.
L'Initiative Nationale pour l'Apaisement, concoctée par les extrémistes claniques et les fossoyeurs de l'unité nationale est une fuite en avant du pouvoir de Brazzaville, un bavardage pour rien, car les conditions historiques, politiques, morales et sociales de l'apaisement au Congo sont dans la fin définitive du régime de dictature et d'oppression de Mr Sassou Nguesso.
Dès lors que sont consignées les contreparties rassurantes de la nation, que la discussion préliminaire sur les fins supérieures inaliénables du pays n'est pas biaisée mais libre, élargie et ouverte, que les mesures urgentes de resocialisation, de justice et d'égalité touchant le bien être concrêt des populations sont exécutoires et orientées dans le sens d'un processus de progrès social, que l'ordre renaissant de ce consensus pondéré laisse le jeu politique ouvert et que l'alternance à construire dans le pays n'est ni binaire ni tragique, mais nationale et patriotique, alors seulement pourraient s'examiner les principes d'une telle démarche publique, et nationale sur l'apaisement.
Contrairement au discours alarmiste de l'INA qui apeure les Congolais, jetant le trouble dans leur esprit à propos de l'échéance présidentielle de 2016 qui serait pour l'INA pleine d'incertitude et de danger en raison des enjeux politiques qu'elle comporte, la Coordination Congo Ya Sika estime que seul le respect de la légalité constitutionnelle peut permettre de rassurer toutes les forces de la nation. Au delà de la fin du mandat de Mr Sassou Nguesso, la nation congolaise, rassemblée dans la paix et le respect de la diversité, sans le moindre signe de vengeance ou de revanche, est politiquement majeure et en droit d'organiser une transition de compromis d'hommes et de femmes de qualité. Cette transition, à durée raisonnable, mettrait fin à l'abattement moral d'un pays qui se sent déclassé et apporterait des solutions appropriées aux questions sensibles qui divisent profondément le pays. D'une part, la reconversion en véritable appareil d'un Etat laïc de l'armée, de la police, de la gendarmerie et de l'administration.
De l'autre, l'organisation d'un vrai recensement administratif spécial devant déboucher sur l'élection libre, démocratique et transparente du nouveau président de la république. Le chantier des réformes, toute nature confondue, devant relancer la république et consolider la nation, serait du ressort de ce dernier.
Il se passe quelque chose au Congo qu'exprime la prise de conscience des populations sur la nature véritable du régime de Mr Sassou Nguesso. L'exaspération est profonde traduisant un désir ardent et inéluctable de changement, le peuple congolais étant décidé à reprendre en mains son destin.
D'ores et dèjà, toutes les forces congolaises se battant pour l'accomplissement de l'alternance tant attendue aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur - partis politiques, associations, confessions religieuses, agents de l'Etat, artisans, intellectuels, jeunes, femmes et les sans emplois - doivent réaliser que le changement qui est à leur portée ne devienda effectif que si leur détermination à voir leur pays être gouverné autrement après Sassou Nguesso prend corps au jour le jour. C'est pourquoi, dans cette étape de l'histoire du Congo, pleine d'espérance, l'Union des Forces de l'Alternance est d'une nécessité vitale pour le changement.
Le pouvoir est moins dans la force détenue par une minorité que dans la liberté partagée par le plus grand nombre.
Fait à Paris le 29 novembre 2013
Le Coordonateur de Congo Ya Sika
J. Ouabari Mariotti