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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 11:49

Voici un échange que j'ai eu avec le professeur Marion Michel Madzimba Ehouango qui s'intéresse aux traditions africaines comme moi que je reprends ici pour ceux qui ne peuvent accéder à ce commentaire sur les réseaux sociaux mais qui lisent mon blog :

Grand-frère, Marion Michel Madzimba Ehouango, c'est en effet le poste le plus important si on l'associe à l'éducation. Ministère de la culture et de l'éducation, avec ministre d'Etat pour donner à celui qui aura ce poste le pouvoir de refondre l'éducation et d'y introduire dès l'école maternelle la culture de nos ancêtres qui est à quelques nuances près la même chez tous les Bantous qu'ils soient en Afrique centrale, en Afrique australe ou dans le sud du continent : on estime que les migrations des Bantous que nous sommes commencent vers l'an 1000 de notre ère mais il est probable qu'elles commencent bien avant. Nous sommes donc disséminés sur de nombreuses parties de l'Afrique...

Si nous parvenons à changer la culture de nos enfants par l'éducation, nous créons un autre Congo et nous sauvons du même coup notre pays du tribalisme qui le tue doucement. La puissance de l'ancien monde se trouvait dans la notion de clan qui n'avait rien à voir avec l'ethnie ou la tribu selon l'époque où l'on pose le problème : c'est que l'ethnie (ou la tribu) détermine juste la dimension linguistique. Est Vili celui qui parle la langue vili - alors qu'être Makanda dépasse cette notion linguistique et va au-delà de l'espace restreint national. Je m'explique : Il y a des Makanda qui parlent le vili et qui s'appellent dikand' ou d'autres langues comme le lumbu, le tsangui, etc, mais qui ne s'identifient pas en tant que tels juste à leurs langues ; cette considération nouvelle ethnique vient de la colonisation avec l'apparition des villes : avant les indépendances, l'état civil introduit par les Français notait juste l'ethnie - au lieu de noter le clan, donnant ainsi plus d'importance à la langue parlée. Les actes de naissance de tous ceux qui sont nés avant l'indépendance portent la mention de la coutume avec inscription du nom l'ethnie - puisque la nation congolaise n'existait pas encore. 

On retrouve les membres du clan Makanda au Gabon, peut-être en RDC et partout où une femme Makanda ou Dikand a eu des enfants. Elle transmet son clan à ses enfants et ils avaient dans la tradition l'obligation quasi-religieuse de donner le gîte et le couvert, bref, tous les atouts de la survie à tout autre Makanda qui se présentait comme tel. Si une femme Mindzumb' de l'ethnie de mon père épousa dans le passé un Bembé, ses enfants sont des Mindzumb' et traditionnellement, tous les membres du clan Mindzumb' sont mes pères : ils sont donc obligés de m'assister en cas de besoin.

La clanité ne dépend donc pas de la langue parlée mais du partage de l'ADN mitonchondrial en matriarcat et du sang de l'ancêtre masculin commun en patriarcat. En 1997, après le coup d'Etat de notre mastodonte national, quand ma sœur entra avec sa famille au Gabon, au première village frontalier, elle entendit une femme qui disait en punu : " Les Congolais sont arrivés ! Les voleurs sont arrivés ! " Quelle ne fut sa surprise de voir ma soeur lui répondre en punu qu'ils n'étaient pas des voleurs. Elle fut étonné de voir que cette Congolaise parlait sa langue. Quand ma sœur dit qu'elle était Makanda, elle se mit à pleurer : " Les anciens nous avaient raconté qu'une partie des nôtres étaient restée au Congo..", dit-elle. Le chef du village, un Gabonais qui était Makanda, reçut ma sœur et sa famille comme des membres de sa famille. On leur trouva le gîte et on leur servit le couvert - avec permission d'aller dans les forêts et dans les champs. On voit comment la clanité explose les frontières et rattache inconsciemment à une époque où les lois claniques avaient droit de cité.

Même chez les Makouas, par le lien matrimonial via le matriarcat, je peux trouver des Makandas perdus au nord. La puissance de nos traditions ancestrales avant l'arrivée des Blancs renvoyait à une dimension quasi-religieuse. Le rattachement clanique constituait notre carte d'identité traditionnelle. Sur le plan traditionnel punu, culture dans laquelle j'ai grandi, je suis : Loundou Dou Ibouang' Ipoudi I Mandziombo, mussi Makand', mwan' Mindzumb'.  On y retrouve mon nom LOUNDOU selon la tradition tsanguie, ma filiation paternelle jusqu'à la troisième génération car il y a mon père IBOUANGA, mon grand-père IPOUDI et mon arrière grand-père MADZIOMBO, le clan de ma mère MAKANDA OU DIKANDA et celui de mon père MINDZOUMBA. Les Makanda me reçoivent comme un des leurs et les Mindzumb' comme un fils. Cela suffit pour que je voyage en paix du Congo au Gabon ou ailleurs avant la colonisation...

Ne s'arrêtant pas juste à la famille immédiate, la prohibition de l'inceste s'étendait au clan poussant ainsi à des alliances matrimoniales extra-clano-ethniques qui maillaient toute l'Afrique puisqu'on ne pouvait pas épouser une femme de son propre clan. Pourquoi ? Parce que c'était comme devenir parents deux fois là où une seule fois suffit. C'est ainsi que s'explique en partie la paix et l'harmonie dans lesquelles vivaient nos ancêtres. Si par l'alliance clanique, le maillage raccorde tous les hommes, les uns aux autres, le conflit est étouffé car tout différend devient un problème familial.  Il faut ajouter un autre argument de taille qui va dans le sens de l'harmonie sociale : si pour l'Occident, le mariage est une alliance entre un homme et une femme, dans l'ancien monde traditionnel, c'était plus qu'une alliance entre deux familles car c'était surtout une alliance entre deux clans - de sorte que les Mindzumbas épousaient les Makandas ou que les Makandas épousaient les Boumouélis, etc. Cette vision des choses renforçait l'harmonie sociale. Nos ancêtres purent ainsi vivre des millénaires dans la paix...

Nous éduquons nos enfants pour qu'ils ressemblent à des étrangers, à ceux-là mêmes qui nous ont colonisés, massacrés comme le montre le récent rapport De Brazza et qui ont détruit notre culture et nos sociétés comme si le Créateur s'était trompé en nous faisant tels que nous sommes - alors qu'éduquer signifie en toute vérité : faire en sorte que nos enfants ressemblent à nos ancêtres. Où a-t-on vu une girafe ou un buffle éduquer ses petits girafons pour qu'ils ressemblent à ceux du lion ? Il nous faut sortir du déracinement culturel, de la servitude mentale et religieuse, condition sine qua none pour sortir de toute domination étrangère. C'est notre combat numéro un et cette domination étrangère est multiforme : religieuse, culturelle, éducative, scientifique, économique, politique, bref, totale...

NE NKOSSI, NGOMBULU ZA MAKANDA

LION DE MAKANDA,

MWAN' MINDZUMB', MBUTA MUNTU

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